Courir pieds nus, c’est le pied ?

Le jogging pieds nus s’inspire de la tribu mexicaine des Tarahumaras, réputée pour ses capacités à courir longtemps avec de simples sandales de cuir. Pas de maintien du pied, pas d’amortisseurs, mais des performances à couper le souffle : en 1993, un Tarahumara de 55 ans a ainsi remporté l’Ultramarathon de Leadville (Colorado) en parcourant 160 kilomètres en sandales et presque sans entrainement. Les mordus de course pieds nus n’y voient qu’une explication : l’appui du pied passe du talon à la pointe, ce qui demande moins d’effort au corps et booste la vitesse. Mais une étude de l’université d’Amherst (Massachusetts) vient de les contredire.

L’équipe du Dr Allison Gruber a suivi 37 coureurs expérimentés, répartis en deux groupes munis de chaussures sans amortisseurs : ceux qui foulent le sol avec l’avant du pied, et les autres avec l’arrière. Les résultats, parus dans le Journal of Applied Physiology, indiquent que les coureurs qui prennent appui au talon dépensent moins d’oxygène et d’énergie, et qu’un grand nombre de coureurs qui ont leurs appuis à la pointe du pied en dépensent également moins lorsque l’appui bascule vers l’arrière.

L’autre argument phare des défenseurs du jogging pieds nus, c’est la réduction du nombre de blessures, car les chaussures minimalistes renforceraient la musculature. « Les foulées sont différentes, donc la sollicitation du pied est modifiée, rétorque le Dr Bruno Sesboüé, de l’Institut régional de médecine de sport de Caen. Le choc n’est plus porté au talon, ce qui limite les lésions au niveau des os ou des tendons, mais à l’avant du pied, ce qui pèse sur les métatarses. » Bien sûr, l’entrainement est essentiel : une étude américaine de 2013* menée sur 36 coureurs peu chevronnés constatait des œdèmes au niveau de la moelle épinière et des blessures osseuses au pied sur 10 des 19 sportifs en chaussures minimalistes.

Il est donc recommandé d’opérer une transition entre les deux modèles de chaussures sur plus de 10 semaines, et de protéger ses pieds d’éventuels morceaux de verre ou d’épines avec une chaussure minime… sauf si vous courrez cet été sur la plage.

*Parue dans la revue Medicine & Science in Sports & Exercise

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