Déforestation : faut-il boycotter le Nutella ?

« Il faut replanter massivement des arbres, parce qu’il y a eu une déforestation massive qui entraîne aussi du réchauffement climatique. Il faut arrêter de manger du Nutella, par exemple, parce que c’est de l’huile de palme. » Par ces quelques mots prononcés le 15 juin dernier, Ségolène Royal, ministre de l’Ecologie, avait relancé la polémique sur l’huile de palme. Cette matière grasse, issue de la pulpe du fruit du palmier à huile, est la plus utilisée au monde car elle est très rentable et donne de l’onctuosité aux aliments sans altérer leur saveur. Pourtant, sa consommation n’est pas sans conséquence, notamment sur le plan environnemental.

Principal problème : la déforestation. Pour répondre à la demande croissante des industriels, la production d’huile de palme a du augmenter. C’est ainsi que des palmeraies ont remplacé la forêt primaire en Malaisie et en Indonésie, qui produisent 80% de l’huile de palme du monde. Dans ces pays, plus de 90% de la forêt a disparu aux cours des deux derniers siècles, selon le WWF. Un désastre écologique qui menace à la fois la biodiversité végétale et animale. Ainsi privées d’habitat, de nombreuses espèces comme l’éléphant, le tigre ou l’orang-outang sont proches de l’extinction. En un demi-siècle, la population de grands singes a été réduite de 70%.

A cela, les grandes firmes, qui commencent à s’implanter en Afrique, ont une réponse : la RSPO. Il s’agit d’une association chargée de promouvoir les pratiques de production durable de l’huile de palme permettant, par exemple, de réduire la déforestation ou de préserver la biodiversité. Ferrero, déjà membre de la RSPO, souhaite aller plus loin en instaurant d’ici la fin de l’année une Charte de l’huile de palme durable avec ses fournisseurs. Le groupe italien s’engage notamment à fournir une huile entièrement traçable, à ne pas déboiser les forêts denses en carbone, à renforcer les droits des travailleurs ou encore à protéger les orangs-outangs. Pas assez pour convaincre les défenseurs de l’environnement.

Dans une tribune publiée dans Le Monde et cosignée avec quatre scientifiques, Nicolas Hulot, président de la Fondation pour la nature et pour l’homme, doute de l’efficacité de ces mesures : « Un groupement d’une douzaine d’industriels réunis dans l’Alliance pour une huile de palme durable promet de dépasser les standards actuels RSPO, en termes de respect de l’environnement et des droits des communautés locales. (…) A ce jour cependant, aucun organisme de contrôle indépendant ne vérifie leur application. (…) Ne serait-il pas cohérent de chercher à remplacer en partie ce produit d’importation par des huiles végétales de colza et de tournesol qui seraient produites au Nord ? » Selon les auteurs, c’est tout le système agricole et commercial qu’il faudrait revoir pour garantir un modèle durable et écologique. Et de conclure : « nos actions quotidiennes de consommateurs doivent orienter ces choix. »

 Crédit photo : denio109 / Fotolia

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