Les îles, laboratoires du tourisme durable ?

Parce qu’elles attirent de nombreux touristes mais que leur territoire est fragile, les îles appellent à une vigilance particulière dans leurs choix de développement touristique. Comment préserver leur identité culturelle, leur patrimoine et leur écosystème si particulier, tout en bâtissant les infrastructures nécessaires à l’accueil de voyageurs ? Etudier ces « territoires d’expérimentation » est donc essentiel d’après Pascal Saffache, docteur en géographie, car « l’évolution d’une île sur un court pas de temps permet d’apprécier ce qu’adviendra un territoire plus vaste à plus longue échéance. »

« Les enjeux pour un tourisme durable dans les îles et ceux pour un territoire sont les mêmes, mais, dans les zones insulaires, le défi est de l’adapter à chaque île, selon ses spécificités », précise Véronique Fayard, présidente de la Coalition internationale pour un tourisme responsable (CITR) qui mettra cette année à l’honneur les « îles Vanille » (La Réunion, les Seychelles, Madagascar, Maurice et les Comores). Elles se sont regroupées pour mutualiser leurs atouts, mais sont confrontées à des enjeux environnementaux importants.

Sur l’île de la Réunion, par exemple, Pascale Chabanet, chercheuse à l’IRD (Institut de recherche pour le développement), a étudié la barrière corallienne. Dans une note scientifique de 2010, elle s’alarmait de son mauvais état – et notamment sa perte de biodiversité – qu’elle impute « à la forte pression humaine ». L’IRD critique les installations, comme les stations d’épuration, qui ne sont plus adaptées au niveau de population de l’île, mais aussi l’urbanisation, l’agriculture et les aménagements littoraux qui participent à la pollution des eaux. « Enfin, la surfréquentation, notamment touristique, contribue à dégrader le récif corallien. En effet, avec quelque 10 000 vacanciers et baigneurs, certains week-ends, sur les 25 km de plage de La Réunion, les colonies de corail subissent de nombreuses casses (coups de palmes, marche sur les coraux, …). »

Sur l’île Maurice, Hélène Pébarthe, responsable du Magistère hôtellerie à l’Université d’Angers, dresse un constat similaire, même si l’île s’est dotée en 2008 du projet « Maurice Île Durable » (MID). Son but est multiple : créer une richesse économique pérenne et profitant à tous, préserver l’environnement et les ressources naturelles, mais aussi garantir la justice sociale et la qualité de vie de la population. Mais cela pourrait entrer en contradiction avec les ambitions affichées du gouvernement mauricien d’atteindre les 2 millions de touristes par an (990 000 ont été accueillis en 2012), alors que l’océanographe Vassen Kauppaymuthoo expliquait dès 1998 que, même avec une gestion adaptée, l’île ne pourrait pas recevoir plus de 750 000 touristes par an sans détruire son environnement marin.

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