Manger bio, est-ce meilleur pour la santé ?

Une exposition moindre aux résidus chimiques ?
Si la réglementation de l’agriculture biologique interdit l’usage de produits chimiques de synthèse, leur présence dans les produits n’est pas nulle. Pour preuve, l’Agence européenne pour la sécurité alimentaire (Efsa), qui a analysé plus de 3 500 produits bio dans son rapport annuel sur les résidus de pesticides dans les denrées alimentaires, a trouvé 131 pesticides différents dans les produits bio, dont 0,8% contenaient des résidus supérieurs aux normes. La pollution des champs voisins par des pesticides persistants est notamment mise en cause.

Etant donné que la consommation de produits bio à domicile ne représente que 2,3% du marché alimentaire total (Agence bio), une grande majorité des Français achète des produits « conventionnels ». Est-ce mieux ? Pas sûr. Une récente enquête de l’Institut de veille sanitaire a révélé que l’organisme des Français était plus contaminé par les pesticides que celui d’autres pays aux conditions de vie comparables, comme aux États-Unis, au Canada ou en Allemagne. Dès lors, une question se pose : les pesticides sont-ils dangereux ? Les études sur leurs conséquences pour la santé humaine sont rares, mais ils sont suspectés de dérégler les systèmes immunitaire, nerveux et reproducteur. En 2010, le Centre d’immunologie de Marseille-Luminy, le CHU de Pointe-à-Pitre et l’Inserm ont également prouvé que l’apparition de cancers chez les agriculteurs était due à l’utilisation de pesticides. Ces résultats sont contestés par l’Efsa qui considère que la santé des consommateurs n’est pas menacée à long terme.

De leur côté, Gérard Pascal et Léon Guéguen, deux anciens membres l’Institut national de recherche agronomique, rappelaient dans une étude publiée en 2010 que « les aliments produits en plein-air, dont la viande, le lait et les œufs AB, sont les plus exposés aux contaminations chimiques microbiennes et parasitaires provenant de l’environnement. La réduction des intrants chimiques, qui favorise la production par la plante de substances antioxydantes bénéfiques, favorise aussi celle de métabolites secondaires et toxines naturelles dont l’innocuité n’est pas garantie. »

Une concentration plus forte en nutriments ?
Là encore, les avis divergent. D’après Gérard Pascal et Léon Guéguen, « les faibles différences observées entre aliments AB (bios) et AC (conventionnels) n’ont aucune répercussion significative sur la nutrition et la santé. Des teneurs plus élevées en vitamine C et en polyphénols, mais des teneurs plus faibles en caroténoïdes, ont souvent été observées en AB, sans effet démontré sur le statut antioxydant sanguin. » En 2009, des chercheurs britanniques de l’Agence britannique des normes alimentaires sont arrivés à des conclusions similaires.

Mais certains scientifiques français, comme l’agronome Claude Aubert ou le directeur de recherche à l’Inserm Denis Lairon, critiquent les méthodes employées dans ces études. Rappelant le rapport qu’il avait réalisé pour l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments en 2003, Denis Lairon indique que « des teneurs supérieures en composés phénoliques et flavonols (anti-oxidants), en magnésium, en zinc, et en matière sèche et moins d’azote dans les produits bio » ont été trouvés. Les produits animaux étaient également plus riches en acides gras polyinsaturés du fait de leur régime alimentaire à base d’herbe.

Difficile donc d’arrêter un avis scientifique tranché sur la question tant les résultats et les conflits d’intérêt peuvent être variés. Mais manger bio, c’est aussi respecter les animaux et la planète, et c’est peut-être déjà bien suffisant.

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