Menaces sur le sable

Il y a Dubaï, qui importe du gravier d’Australie pour bâtir une presqu’île artificielle, ou Barcelone, qui « perfuse » sa plage de sable depuis qu’une digue construite pour protéger un hôtel a perturbé les courants marins. Partout dans le monde, les projets immobiliers, les aménagements portuaires et les ambitions des hommes menacent le sable, une ressource de plus en plus pillée. Cette frénésie, le réalisateur et scénariste Denis Delestrac l’a retranscrite dans son film documentaire « Le sable : enquête sur une disparition », récemment diffusé sur Arte.

Il explique qu’après avoir exploité les rivières et les carrières, les grandes multinationales et les mafias se sont tournées vers la mer où elles pompent des quantités astronomiques de granulats. Mais « si on prélève du sable au large, ça a des répercussions sur la côte », assure le réalisateur. Car le sable abrite non seulement un ensemble d’êtres vivants, mais sert également à protéger les littoraux. En déstabilisant l’écosystème marin, l’exploitation du sable accélère l’érosion des plages et décime poissons et planctons. Aujourd’hui, 75% des plages du monde sont menacées. En Floride, neuf plages sur dix sont en voie de disparition.
Une lueur d’espoir apparait toutefois : une résistance s’organise. En Bretagne, le mouvement du Peuple des dunes est parvenu à protéger la baie de Lannion d’un projet d’extraction d’un groupe industriel régional.

Existe-t-il des alternatives à l’utilisation du sable ?
« Sur la question du sable des déserts, beaucoup de scientifiques se sont penchés sur le sujet, mais cela reste encore très utopique car les grains trop fins ne peuvent s’agréger. Si on le faisait, cela couterait donc trop cher, explique Denis Delestrac au site Atlantico. D’autres alternatives moins onéreuses existent aujourd’hui. Le verre broyé a la même densité et les mêmes propriétés que le sable naturel. On peut broyer les gravas ou le béton récupéré des destructions d’immeubles. » Le réalisateur assure qu’il y a énormément de matériaux pouvant remplacer le sable, mais ajoute que les lobbys industriels et les habitudes de construction s’imposent pour le moment.

Quelques chiffres :
– Pour construire une maison de taille moyenne, il faut 200 tonnes de sable. Pour un kilomètre d’autoroute, il en faut 30 000 tonnes.
– Les échanges internationaux de sable s’élèveraient à 54 milliards d’euros par an, pour un volume de 15 milliards de tonnes.
– En France, 24 % du littoral métropolitain recule, soit 1 720 km de côtes, alors que 44 % est stable et seulement 10 % en extension (Source : Institut français de l’environnement, 2006).
– Singapour s’est agrandi de 20% en quarante ans grâce à ses importations de sable.

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