Michel Delhommeau de Côteaux Nantais : « l’agriculture saine et biologique est notre ADN »


Elue « Entreprise coup de coeur » de l’association « Produit en Bretagne en 2014 », cette entreprise, implantée dans la région nantaise depuis 1943, voit son histoire intimement liée à celle de l’agriculture biologique, puisqu’elle s’y est convertie il y a 45 ans déjà.
Michel Delhommeau, Directeur Général de Côteaux Nantais, nous en dit plus sur l’histoire et la philosophie de cette entreprise qui fait partie intégrante de sa famille.

« On oubliait les fondamentaux de l’arboriculture qu’étaient l’arbre et le sol »
 
Marion : Le choix d’une agriculture la plus respectueuse possible de la nature est ancré dans l’histoire de votre entreprise. Vous avez en effet, suite à l’intensification de l’agriculture amorcée après-guerre, refusé l’utilisation excessive de pesticides et engrais chimiques qui en découlait, au profit de l’agriculture biologique. Pourquoi ce choix dès 1968, alors que ce type d’agriculture en était encore seulement à ses prémices?
 
Michel Delhommeau :
Le choix d’une Agriculture Biologique s’est effectué en 1970 exactement.
A l’époque, ce fût une prise de conscience des dirigeants basée essentiellement sur le fait que beaucoup d’entreprises, que ce soit en agriculture ou dans d’autres secteurs d’activités allaient trop rapidement vers l’utilisation des produits chimiques facilitant certaines choses.
On oubliait les fondamentaux de l’arboriculture qu’étaient l’arbre et le sol.
De plus, on commençait déjà à observer une certaine résistance aux produits chimiques.
Enfin, la naissance d’un mouvement écologique et l’adhésion à la méthode Lemaire-Boucher ont été les premiers éléments mises en place par la Famille Moreau et la Famille Delhommeau à l’origine de cette prise de conscience pour les Côteaux Nantais.
 
Marion : Le passage à l’agriculture biologique est un choix d’autant plus courageux que dans les deux ans suivant l’arrêt des pesticides et engrais chimiques, vous avez perdu 80% de votre production. Les difficultés que vous avez nécessairement rencontrées au gré de vos avancées vous ont-elles parfois fait douter de l’orientation de votre entreprise, ou cela a-t-il au contraire renforcé votre choix d’une agriculture résolument respectueuse de l’environnement?
 
Michel Delhommeau : Il n’y a pas eu de doute ou de remise en question sur le sens donné aux Côteaux Nantais avec une agriculture saine et biologique, c’est son ADN. Evidemment, il y a eu des moments difficiles et notamment sur notre capacité de faire « tourner la boutique » en cohérence avec cette éthique. Pour la petite histoire, 3 ans après le passage en agriculture biologique, mes parents ont décidé de faire du maraîchage en supplément des vergers pour garantir un revenu raisonnable.
 
Marion : Vous utilisez encore les algues aux fins de fertilisation, est-ce à dire qu’au jour d’aujourd’hui vous continuez d’appliquer la méthode biologique Lemaire-Boucher mise en place en 1968?
 
Michel Delhommeau : Oui, nous utilisons encore les algues mais pas sous la même forme qu’en 1970 et ce ne sont pas non plus les mêmes variétés.
Les algues sont très utiles dans l’agriculture biologique car elles ont un pouvoir d’augmentation de réception de la plante et donc elles multiplient la capacité de la plante à échanger avec  son environnement.
Néanmoins, nous avons évolué et nous avons donc aussi adapté l’usage des algues aux différentes activités des Côteaux Nantais. Aujourd’hui, nous ne suivons plus le cahier des charges de la méthode Lemaire Boucher mais une méthode plus adaptée aux arbres fruitiers.
 
Marion : Vous vous inscrivez, encore aujourd’hui – et de plus en plus au fil des années – dans une démarche d’agriculture respectueuse de l’environnement, avec notamment la mise en place d’un système d’irrigation contrôlée. Peut-on considérer que votre entreprise est exemplaire en la matière, ou estimez-vous pouvoir aller encore plus loin en termes de respect de l’environnement dans les années à venir?
 
Michel Delhommeau : Aujourd’hui, nous sommes satisfaits des méthodes que nous avons mises en place avec notamment une irrigation contrôlée et limitée en volume afin de privilégier la fermeté et le goût du fruit mais nous considérons que nous pouvons toujours aller plus loin. La recherche variétale en continue, à ce jour 39 variétés de pommes et le travail d’enrichissement du sol sont les deux axes principaux auxquels nous souhaitons consacrer du temps pour améliorer le respect de notre environnement.
 
« Le passage à la biodynamie était une philosophie logique »
 
Marion : En 1995, vous avez entamé la conversion de votre domaine à l’agriculture biodynamique, pour obtenir la certification Demeter deux ans après, quels en sont les intérêts pour vous en tant qu’entreprise? 
 
Michel Delhommeau : Après 25 années de travail en agriculture biologique, le passage à la Biodynamie était une philosophie logique afin de toujours rechercher à améliorer nos arbres, nos fruits et de notre manière de travailler.
C’est l’observation et l’apprentissage dans le temps qui sont nos meilleurs alliés pour produire correctement en Biodynamie. La qualité qui en ressort est un atout pour notre entreprise et un plaisir pour le consommateur.
 
Marion : Et quelles garanties la certification Demeter apporte-t-elle au consommateur?
 
Michel Delhommeau : Premièrement, comme évoqué juste avant, l’ensemble des engagements du cahier des charges en Agriculture Biologique est une condition pour l’obtention du certificat Demeter. Le consommateur est déjà rassuré dans son acte d’achat par cette double certification.
Ensuite, la certification Demeter apporte un gage de qualité sensorielle et organoleptique supplémentaire, c’est davantage de sucre et taux de matière sèche dans les fruits, le goût est plus prononcé, c’est une méthode connue et reconnue pour l’amélioration de la qualité des produits.
 
Marion : Votre nouveau site, très bien conçu, permet un premier aperçu de la Biodynamie grâce à un verger "interactif"(http://www.coteaux-nantais.com/fr/verger-biodynamie). Pouvez-vous nous en dire plus sur cette pratique, en quelques mots? 
 
Michel Delhommeau : La Biodynamie, c’est tout d’abord une autre vision de l’arbre. Nous appelons cela la pratique technique culturale des arbres :
Depuis sa plantation jusqu’à son exploitation, c’est une autre approche et un accompagnement humain continu.
Ensuite plusieurs préparations biodynamiques sont utilisés avec différents objectifs comme la préparation 501 (silice) : Coloration des fruits / Assimilation chlorophyllienne (échange avec l’air)
ou la  500 (Bouse de vache mise en corne) : Amélioration de la vie microbienne des sols.
La dynamisation de l’eau : Oxygéner et ramener une eau plus pure et plus saine aux arbres est aussi un des traits principaux caractérisant la Biodynamie.
 
« Ce n’est pas la personne qui est au service de l’entreprise mais l’entreprise au service de la personne »
 
Marion : D’un point de vue social, vous accordez de l’importance à la valorisation de vos salariés, via notamment un système de management participatif, concrètement comment cela se traduit-il?
 
Michel Delhommeau : Nous sommes conscients aux Côteaux Nantais que chacune des personnes qui y travaillent peut apporter une pierre à l’édifice principal dont les maître-mots sont écoute et participation.
Avec le respect de la personne, les salariés se sentent plus à l’aise et peuvent facilement faire des propositions, les décisions peuvent être discutées et partagées et les choix stratégiques de l’entreprise sont discutés ensemble afin d’identifier au mieux les besoins de chacun et au final de l’entreprise.
 
Marion : Vous prônez également l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée de vos salariés, selon vous cette philosophie d’entreprise devrait-elle être appliquée partout, le bien-être du salarié contribuant au bon fonctionnement de l’entreprise?
 
Michel Delhommeau : Cet équilibre entre nos deux vies fait que les salariés sont à l’aise et efficaces dans le travail. Ils sont plus motivés car ils savent qu’il existe une écoute très sérieuse de la part de leurs managers. Ce n’est pas la personne qui est au service de l’entreprise mais l’entreprise au service de la personne tout en gardant en tête que nous sommes avant tout une seule entité économique et sociale avec une responsabilité sociétale.
 
Marion : Au-delà de votre philosophie d’entreprise, vous soutenez également deux associations, pour vous, le respect de l’Homme est-il indissociable du respect de la nature?
 
Michel Delhommeau : L’Homme est au centre de tout, de notre culture, de notre façon de voir la production et dans le respect de vivre de chacun les uns avec les autres.
Comme nos arbres, nous essayons de soutenir les hommes et les femmes qui passent un bout de leur chemin par Côteaux Nantais.
Nous soutenons effectivement plusieurs associations comme «Toit à moi »  qui fait de la réinsertion des gens de la rue, « Les Matelots de la vie » qui embarquent des enfants en rémission de maladie grave, « Pain partagé », don de produits alimentaires, et une confiturerie à Madagascar et en Ouganda, cela peut se traduire aussi par l’embauche de personnes défavorisées, des partenariats avec des Centre Aide Travail, avec un ESAT (+18 ans) et un IME (Institut Médical Educatif) (-18 ans).
 
Tous mes remerciements à Michel Delhommeau de nous avoir gracieusement consacré de son temps pour cette interview des plus éclairantes ! Voilà qui donne (encore plus!) envie de déguster un verre d’Apibul en toute convivialité…

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