Référendum huile de palme 2/3 : L’impact environnemental

Le débat sur l’huile de palme fait rage et l’on ne peut nier la catastrophe environnementale, notamment en Indonésie et en Malaisie qui produisent 85% de l’huile de palme conventionnelle consommée dans le monde, soit environ 48 millions de tonnes/an (on trouve aussi ce type de production en Afrique et en Amérique du sud). Du fait de sa forte rentabilité (rendement moyen : 4 tonnes/hectare), les forêts primaires sont détruites pour laisser place à une monoculture de palmiers à huile. S’ensuit alors la perte d’une biodiversité autrefois foisonnante : faune et flore tropicales sont en voie d’extinction, et les populations locales se voient expulsées de leurs territoires. Cette monoculture intensive pollue et appauvrit également les sols. Parallèlement une production d’huile de palme biologique s’est développée, représentant 12 millions tonnes annuelles, principalement en Colombie et au Ghana.

Il faut bien distinguer trois modes d’exploitation pour la culture de palme : les plantations conventionnelles, les plantations RSPO, et les plantations de palmiers biologiques.

70 ans de déforestation à Bornéo…

Les plantations conventionnelles, une catastrophe écologique :

Entre 1990 et 2010, l’Indonésie a perdu 24 millions d’hectares de sa surface boisée. Il est aussi important de préciser que pour ce qui est des causes de la déforestation, une étude portant sur la période 2000-2010 souligne la responsabilité de plusieurs industries dans la déforestation Indonésienne : les plantations d’arbres pour la pâte à papier (12,8 %), les concessions forestières (12,5 %), les plantations industrielles de palmier à huile (11 %) et les concessions minières (2,1 %).

Elles sont en majeure partie responsables de la déforestation par le feu en Indonésie et en Malaisie, avec de nombreuses conséquences :

Libération de gaz à effet de serre dans l’atmosphère : les forêts millénaires sont brûlées pour être transformées en terres agricoles pour la culture de palmiers à huile. Les incendies de forêt se prolongent souvent durant plusieurs mois par une lente combustion des tourbières (une tourbière est un sol caractérisé par sa très forte teneur en matière organique, peu ou pas décomposée, d’origine végétale). Ce problème concerne surtout les forêts d’Indonésie et de Malaisie, dont les sols concentrent 60 % de la tourbe mondiale. En tenant compte de ces rejets, ces pays seraient devenus responsables de 4% des émissions mondiales annuelles de CO2. En septembre 2015, les feux ont ravagé 2 millions d’hectares, et plus de 500 000 personnes ont été victimes de problèmes respiratoires liés à la pollution de l’air, selon les services indonésiens (et il faut y ajouter les victimes des pays voisins exposés eux aussi aux fumées). Mais les incendies ne sont pas les seules à rejeter des gaz nocifs pour notre environnement et la couche d’ozone, les raffineries, les machines agricoles, l’épandage de fertilisants et de pesticides relâchent dans l’atmosphère du dioxyde de carbone, mais aussi du méthane, du peroxyde d’azote, etc…

Glissements de terrains et inondations : les forêts sont indispensables à la structure et la qualité des sols. Le couvert forestier stabilise les sols, protège de la dégradation et de la désertification en réduisant l’érosion par l’eau et le vent, tout en maintenant des nutriments dans le sol. Dans des pays où ont lieux les moussons, je vous laisse imaginer les dégâts… Un sol nu n’apporte plus de protection contre les pluies violentes, et va donc favoriser les glissements de terrain et les inondations en vallées.

Perte de terres agricoles pour les denrées nécessaires aux besoins autochtones (sujet que nous aborderons dans le troisième volet de cette série d’articles)

Disparition des espèces endémiques : orangs-outans, rhinocéros, éléphants de Sumatra, tigres, léopards et d’autres animaux vivant dans les forêts de ces régions.

Je vous invite à visionner cet excellent documentaire de Julien Donzier (Le grand JD) en collaboration avec Bernard Genier, journaliste à la RTS (Radio télévision Suisse) :

 

Les plantations biologiques, encore des efforts à faire:

Le bio est entré dans la grande distribution, et est devenu au fil des ans un incontournable. La demande de produits bio ne cesse d’augmenter, ainsi que le nombre de consommateurs plus ou moins réguliers. Comme évoqué plus haut les deux principaux pays producteurs d‘huile de palme biologique sont la Colombie et le Ghana.  Avec ses 10 millions d’hectares de palmier, la Colombie n’est qu’un « petit » producteurs d’huile de palme, très très loin derrière les deux géants Indonésie et Malaisie.

Cependant, en 2010, des agriculteurs colombiens et des ONG (Organisation Non Gouvernementale) s’attaquent à Daabon Organic, le grand producteur d’huile de palme bio. Cette entreprise est alors accusée d’avoir “acheté” par la force les terres de Las Pavas (une propriété au nord du pays), d’avoir expulsé sans ménagement 123 familles, et d’avoir déboisé le terrain pour y implanter une palmeraie biologique. Daabon Organic s’est alors attiré les foudres des médias.

L’huile de palme issue de l’agriculture biologique certifiée par Ecocert Greenlife et va plus loin, avec un cahier des charges strict, notamment en ce qui concerne la conduite des cultures :  les pesticides ne sont pas autorisés, ni les engrais de synthèse. Mais «Certification bio» ne veut pas obligatoirement dire certification « équitable »… (Nous aborderons cette problématique lors du troisième volet). Il existe une certification équitable : ESR d’Ecocert, mais qui semble très peu associée aux projets d’huile de palme. Les projets en agriculture biologique peuvent par contre s’associer à des certifications de commerce équitable, en respectant le cahier des charges plutôt exigeant de « Fair For Life » .

Créée en 2006, Serendipalm est un projet initié au Ghana, par la marque américaine de cosmétiques, Dr. Bronner’s afin de trouver une solution pour s’approvisionner en huile palme biologique et aussi pour développer le commerce équitable. Ce projet touche environ 700 petits paysans, exploitant de petites surfaces (3 hectares en moyenne) d’huile de palme bio, entourées de plantations de cacao et d’agrumes (principe de l’agro-foresterie). Les salaires sont équitables, les partenaires sont formés à l’agriculture biologique et une prime de commerce équitable est versée à l’ensemble de la communauté, permettant de financer des travaux communautaires. Sur le terrain, la filiale est gérée administrativement par une équipe ghanéenne. Serendipalm est l’employeur local le plus important, respecté et reconnu par l’ensemble de la communauté locale. Serendipalm fournit désormais aussi des sociétés du secteur alimentaire bio comme Rapunzel, Artisans du Monde. Le projet est garanti par différentes certifications bio et certifié commerce équitable « Fair For Life ».

 

Les plantations RSPO (Roundtable on sustainable palm oil / table ronde pour une huile de palme durable), un écran de fumée :

La RSPO est une association, créée en 2004, qui regroupe des producteurs, des multinationales, des banques, des organismes scientifiques et des ONG comme le WWF. Et si  WWF valide, c’est forcément bien, non ? Leur but initial, était de rendre l’huile de palme conventionnelle “durable”, grâce des règles auto-édictées et auto-contrôlées… En somme, un écran de fumée qui trompe le consommateur et n’empêche aucunement les profits ultra rentables pour toute la filière.

La RSPO délivre des certificats aux producteurs d’huile de palme « durable » selon 39 critères sociaux et environnementaux, dont :

  • l’obligation de reboiser les terres utilisées
  • des garanties sociales et environnementales
  • la traçabilité

Un produit estampillé GreenPalm ne veut pas dire qu’il contient de l’huile de palme “durable” mais que l’industriel qui l’utilise a acheté des certificats à un producteur d’huile de palme “durable”. Ces certificats sont disponibles sur une plateforme de vente, et il est quasi impossible pour l’acheteur de connaitre l’origine de l’huile qu’il a acheté, ni son mode de production. Une société peut également être membre de la RSPO, sans être obligée d’utiliser de l’huile de palme “durable” portant alors le sigle CSPO. Cette confusion peut être source de problèmes et de confusion. Par exemple, en 2012/2013, Unilever utilisait 3% d’huile de palme durable, dont une grande partie en certificat GreenPalm. D’autre part, cette organisation ne dispose pas de procédures de réclamation efficace, un élément important de tout système de certification sérieux. Pour Greenpeace, la certification RSPO “n’est pas un gage suffisant permettant d’affirmer qu’une entreprise est respectueuse de l’environnement “, leur rapport de 2013 « Certifying Destruction », explique que les déboisements et les incendies qui touchent l’Indonésie continuaient d’impliquer des plantations « durables » et des membres de la RSPO.

Actuellement, environ 15 % de l’huile de palme produite dans le monde est certifiée durable par la RSPO, bien souvent critiquée pour ses critères d’attribution et ses contrôles trop laxistes. La France consomme environ 130 000 tonnes d’huile de palme par an, dont un quart est certifiée par le label RSPO.

 

On ne peut donc nier la catastrophe environnementale liée à l’exploitation des palmiers à huile. Les enjeux économiques liés à l’huile de palme, ont fait oublier aux différents acteurs de la chaîne les enjeux environnementaux. Et j’en reviens à la question posée dans le premier volet : dans nos sociétés, où on cherche toujours un coupable, mais qui blâmer ? Les producteurs ? Les consommateurs ? Les transformateurs ? L’industrie agro-alimentaire ? Les pouvoirs publics ? Les populations locales ? Les intermédiaires ? La finance ? La mondialisation ? Et surtout que faire pour que les choses changent rapidement ?

 

Retrouvez le premier volet sur les impacts santé : https://www.greenweez-magazine.com/referendum-huile-de-palme-1-3-les-impacts-sur-la-sante/

3 thoughts on “Référendum huile de palme 2/3 : L’impact environnemental

  1. Et alors…..que penser des margarines (et autres) que nous achetons dans nos commerces bio ? Pas une ne contient pas d’huile de palme…!! Je pensais, je dirais même j’espérais que l’on pouvait faire confiance aux marques distribuées exclusivement dans ces magasins spécialisés. Rassurez-moi…

    1. Bonjour, comme expliqué dans les articles 1 et 2, il existe une production d’huile de palme biologique. Beaucoup de produits bio en contiennent : gâteaux, lessives, cosmétiques, plats préparés et margarines. L’huile de palme utilisée dans les produits alimentaires bio doit être bio, ce qui n’est pas le cas des produits d’entretien, des produits d’hygiène et dans les cosmétiques qui eux peuvent contenir des huiles hydrogénées (l’hydrogénation des huiles n’est pas autorisée en agriculture biologique). cependant il est possible de trouver des produits qui n’en contiennent pas :
      https://www.greenweez.com/vitaquell-margarine-coco-chia-250g-p92679
      https://www.greenweez.com/vitaquell-frais-margarine-vita-coco-250g-p88856

  2. En tant que consom’acteur, quand je vois en rayon ou sur internet un produit bio contenir de l’huile de palme (même bio), je ne l’achète tout simplement plus, depuis longtemps.
    Quand tous les écolos feront pareils, peut-être que les cuisiniers commenceront à se poser des questions et réviser leurs recettes en fonction.
    Merci à ce site pour vos infos.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Spam protection by WP Captcha-Free