Référendum huile de palme 3/3 : les enjeux sociaux-économiques

Dans notre premier article, nous avons abordé les impacts santé de l’huile de palme, et nous avons bien différencié l’huile de palme vierge de l’huile de palme hydrogénée. Le second article portait sur les impacts environnementaux de cette production, et nous avons confirmé que la production conventionnelle est une véritable catastrophe, et que depuis peu une production biologique d’huile de palme voit le jour dans de meilleures conditions, mais que cela reste une goutte d’eau. Il reste donc un troisième aspect à aborder et non des moindres, c’est l’aspect socio-économique. En effet, les producteurs d’huile de palme (Malaisie, Indonésie et Colombie) se trouvent dans l’hémisphère sud, tandis que les consommateurs (Europe, Inde, Chine et Etats-Unis) se trouvent eux, dans l’hémisphère Nord. Parce qu’elle est peu mécanisée au niveau de la cueillette des fruits, la culture du palmier à huile permet directement ou indirectement de faire vivre des millions de personnes dans les pays où elle en place : 590 000 personnes en Malaisie, 5 millions de personnes en Indonésie (source : Alliance Française). Mais d’un autre côté des populations sont expulsées pour pouvoir déforester leurs territoires (voir la vidéo du grand JD). Penchons nous aujourd’hui sur l’humain face aux énormes enjeux économiques de cette production.

Le développement local :

La culture du palmier à huile permet aux populations locales des pays producteurs, de sortir de la pauvreté, en leur donnant accès à de nombreuses infrastructures : des routes, des réseaux sanitaires, des écoles, des hôpitaux. Il faut noter que les petits planteurs indépendants sont constante augmentation : 40% pour la Malaisie et l’Indonésie. La culture du palmier à huile crée donc des emplois et des revenus durables. Mais il est important de souligner le fait que certaines communautés rurales ne peuvent profiter du développement qu’elle entraîne, en raison du non-respect des droits des travailleurs ni des droits coutumiers des populations sur leur sol (les espaces de préservation des traditions et/ou de subsistance des populations) et d’une très mauvaise redistribution des bénéfices.

 

Les multinationales agroalimentaires qui se fournissent en huile de palme ne contrôlent pas directement les plantations. Ce sont des sociétés nationales ou transnationales, publiques ou privées, soit des petits planteurs, groupés ou non en coopératives. Ils vendent leurs fruits à des usiniers qui prennent en charge l’extraction de l’huile. En Indonésie, 1 000 à 2 000 dollars/an/hectare sont générés par la culture du palmier à huile, un revenu qui a contribué au recul de la pauvreté et à l’émergence d’une classe moyenne rurale. 5 millions de personnes en Indonésie dépendent financièrement de la culture du palmier à huile.

L’entreprise agroalimentaire Wilmar (Singapour), contrôle 43 % du commerce mondial de l’huile de palme. En 2015, ses revenus atteignaient 36,45 milliards d’euros. Mais les ouvriers des plantations ne gagnaient pas plus de 2,50 $/jours. La multinationale a aussi été impliquée dans des incendies volontaires de forêts, a porté atteinte aux droits humains, s’est octroyé des terres de force, fait travailler des enfants, etc… De grandes entreprises qui tirent profit des violations des droits humains. En 2016, l’ONG Amnesty International a remonté la filière de l’huile de palme Indonésienne : neuf multinationales réalisent un chiffre d’affaires de 300 milliards d’euros.

 

Le cas de las Pavas en Colombie :

En 2010, des agriculteurs colombiens et des ONG (Organisation Non Gouvernementale) s’attaquent à Daabon Organic, le grand producteur d’huile de palme bio. Cette entreprise est alors accusée d’avoir “acheté” par la force les terres de Las Pavas (une propriété au nord du pays), d’avoir expulsé sans aucun ménagement 123 familles, et d’avoir déboisé le terrain pour y implanter une palmeraie biologique. Daabon Organic, pourtant membre de la RSPO (voir article 2/3) s’est alors attiré les foudres des médias. Pour en savoir plus , voir l’article de le blog d’avenue Colombie.

Les enjeux de la taxe Nutella :

Une taxe sur l’huile de palme a été imaginée, toutefois, elle n’a finalement pas été votée… Pourquoi ? Tout simplement parce que les enjeux économiques direct et indirects sont faramineux ! Souvenez-vous que Ségolène Royal avait souhaité appliquer une “taxe Nutella” en 2016. L’Italie (où Ferrero est une figure industrielle non négligeable du pays) avait fait savoir son mécontentement, sachant qu’une grande partie de la fameuse pâte à tartiner est produite et consommée en France, la pression sur l’emploi a pesé sur l’avis des représentants politiques. La Malaisie, qui est le 2ème producteur mondial d’huile de palme, entretien avec la France un partenariat dans le domaine de l’industrie de la défense. En 2016, le président François Hollande en visite officielle, avait entamé la négociation pour l’acquisition de 1,85 milliards de contrats d’avions Rafale et autres canons. Le projet de loi visant à taxer les produits utilisant de l’huile de palme n’a donc pas abouti.

 

 

De nombreuses alternatives sont possibles, certaines à l’état d’expérience, d’autres en cours d’exploitation, mais les enjeux sociaux-économiques liés à la production et à la consommation d’huile de palme sont considérables !

  • Remplacer l’huile de palme par une autre huile est quasi impossible. Le rendement des palmiers à huiles est d’environ 4 tonnes/hectare, et avec de meilleurs pratiques culturales il pourrait atteindre les 25 tonnes hectares. L’huile de soja qui est une huile avec un fort rendement ne produit en comparaison que 0,6 tonnes hectares. Je vous rappelle que la consommation mondiale est de 48 millions de tonnes /an… JE vous laisse donc calculer la surface à déforester si on remplaçait l’huile de palme par de l’huile de soja…
  • Remplacer l’huile de palme par un mélange d’huiles. C’est possible, mais cela augmenterait le prix de fabrication et donc le prix de reviens de 2% à 30%, selon les produits pour obtenir un résultat final similaire.
  • Ne plus consommer d’huile de palme. C’est possible, mais cela demande un décryptage permanent des étiquettes produit (et ce n’est pas toujours très clair). Cela signifie aussi renoncer à certains laits infantiles, gâteaux préférés, crème de jour, savon, gel douche, lessive, bouillon cube, crayon pour les yeux, rouge te baume à lèvre, etc, etc… Et que deviendrait les populations qui vivent de la production d’huile de palme ?
  • Remplacer l’huile de palme par un autre produit. Une expérience à moyenne échelle est en cours en Californie, où une huile d’algue produite par la société Solazyme et financée par Unilver, sera capable de se substituer à l’huile de palme. Et une fois de plus que deviennent les familles qui tirent leur subsistance de l’exploitation des palmiers à huile ?
  • Améliorer les pratiques culturales durables et responsables, en développant l’agro-foresterie, ou la permaculture et ainsi maintenir des zones d’habitat étendues avec la faune et impliquer les populations locales.

 

On a donc vu que l’huile de palme hydrogénée était nocive pour la santé contrairement à l’huile de palme vierge qui elle ne l’est pas. On ne peut non plus nier la catastrophe environnementale liée à l’exploitation des palmiers à huile. Les enjeux économiques liés à l’huile de palme, sont considérables et si 40 % de petits exploitants s’extraient de la pauvreté grâce à cette production, des populations sont exploitées et expulsées, et des enfants travaillent. Et j’en reviens à la question posée dans le premier et le second volet : dans nos sociétés, où on cherche toujours un coupable, mais qui blâmer ? Les producteurs ? Les consommateurs ? Les transformateurs ? L’industrie agro-alimentaire ? Les pouvoirs publics ? Les populations locales ? Les intermédiaires ? La finance ? La mondialisation ? Et surtout que faire pour que les choses changent rapidement ? Et quelle alternative choisir ?

 

 

 

 

 

 

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