Un appel contre les pesticides

«L’effet cocktail de ces substances est encore insuffisamment documenté, mais pourrait s’avérer majeur pour un certain nombre d’associations avec des pathologies endocriniennes ou cancéreuses», écrivent les signataires de la pétition baptisée « Appel de Montpellier », initiée par le député socialiste Gérard Bapt (Haute-Garonne). Parmi les premiers signataires : une cinquantaine de parlementaires et d’élus, dont deux anciennes ministres de l’Ecologie, Delphine Batho et Chantal Jouanno, la maire de Montpellier Hélène Mandroux, mais aussi des scientifiques comme le Pr Charles Sultan, spécialiste des troubles hormonaux au Centre hospitalier régional universitaire de Montpellier, ainsi que des représentants de l’Union nationale de l’apiculture française (UNAF), du réseau environnement santé (RES) et de Générations Futures.

Faisant référence au plan Ecophyto 2018, qui vise à réduire de moitié à son échéance l’usage des pesticides, les signataires relèvent qu’en dépit d’une "diminution nette des quantités vendues depuis 1998", les ventes de pesticides ne diminuent plus depuis trois ans. Un constat qu’ils jugent "alarmant" alors que, selon le Commissariat général au développement durable, 90% des cours d’eau en France sont marqués par une "présence généralisée" de pesticides.

Ils appellent donc les autorités politiques "à agir pour la réduction, voire la suppression quand cela est possible de l’usage des pesticides". Lors d’un point fait en juin dernier sur les conséquences néfastes des pesticides sur la santé reconnues par des études scientifiques, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) avait évoqué "une forte présomption d’association" avec des pathologies comme des maladies neurodégénératives et certains cancers, comme les cancers du sang. Les travaux de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) ont pour leur part permis de "faire avancer les connaissances" sur les mécanismes de la perturbation endocrinienne comme sur la surmortalité des abeilles, relèvent aussi les signataires.

Dans leur pétition, ils estiment nécessaire "de déclencher des campagnes d’information et de prévention auprès des publics vulnérables et des professionnels de la maternité et de la petite enfance ainsi que de mieux prendre en considération le risque professionnel, le risque d’exposition des riverains pendant les campagnes d’épandage et également celui de la population générale". Ils demandent également aux autorités d’interdire la publicité sur les pesticides à destination du grand public.

Pour Gérard Bapt, cité dans Le Monde, l’appel de Montpellier doit "donner une impulsion nouvelle au plan Ecophyto 2018, pour aller vers une utilisation nouvelle des pesticides aux plans agricole et domestique". Selon lui, "c’est un combat qu’il faut mener tant au niveau français, où la politique de santé environnementale est en cours d’actualisation et où il existe des éléments intéressants dans le projet de loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt, qu’au niveau européen, où des conflits d’intérêts freinent la mise en œuvre de décisions sur les perturbateurs endocriniens".

Crédit photo : © Ewald Fröch – Fotolia.com

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