Un continent de déchets dans les océans

« C’est une catastrophe écologique qui passe inaperçue», regrette le skippeur Patrick Deixonne. Accompagné par une biologiste marine et une photographe, il a pris la tête de l’expédition « 7ème continent » à bord du voilier L’Obsession le 20 mai dernier. Leur mission : cartographier et étudier cette « soupe de plastique » découverte en 1998*. Elle s’est formée au fil des années par l’accumulation de déchets (bouteilles vides, bouchons, sacs…) acheminés par les courants marins dans un gyre, un tourbillon d’eau.

« En une heure de navigation, nous avons croisé une dizaine de macrodéchets, d’une taille supérieure à 15cm. Nous avons même repêché une chaussure en plastique à des milliers de kilomètres des côtes », raconte Patrick Deixonne. Bien sûr, les scientifiques s’inquiètent des conséquences de cette pollution sur la faune et la flore marine (on estime que 100 000 animaux marins – notamment des tortues – meurent chaque année empoisonnés par le plastique), mais pas seulement. « Nous ne sommes encore qu’au début de l’étude scientifique sur la pollution de la chaîne alimentaire mais il faudra tester les poissons que nous mangeons pour voir s’ils sont affectés par ces polluants (PCB ou résidus médicamenteux) », ajoute Danielle de Staerke, ingénieure au Centre national d’études spatiales (CNES).

Avant le « 7ème continent »,
les expéditions Algalita, Tara ainsi que le Project Kaisei avaient déjà fournis quelques éléments aux scientifiques. La nouveauté cette fois est sans conteste l’apport du CNES qui a pu tester la visibilité de ce continent par satellite. « Les premiers résultats montrent des échos que nous ne pouvons interpréter et qui pourraient être la signature de ces déchets, explique Danielle de Staerke. La quantité de déchets n’est pas très dense en surface, c’est pour cela qu’on a du mal à voir la colonne d’eau avec les satellites. » Si le Centre parvient à exploiter ces données, il pourra produire une cartographie précise et ainsi vérifier si la surface du continent augmente ou non. Aujourd’hui, elle est estimée à 3,4 millions de km2, soit six fois la taille de la France ! Pour l’heure, une seule solution existe pour endiguer ce phénomène : faire en sorte qu’il n’y ait plus de rejets de plastique dans le milieu marin.

Quelques chiffres
– Le « 7ème continent » s’enfonce sous la surface sur 10 à 30 mètres de profondeur.
– Le plastique représente 60 à 80 % des déchets en mer.
– La Méditerranée contient 250 milliards de particules plastiques, soit 500 tonnes qui flottent à la surface.
– Ces déchets mettent 50 à 1 000 ans pour se dégrader.
– On compte 5 kg de plastique pour 1 kg de plancton.

* Position : 30°49’N / 134°19’W

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